Le site nucléaire de Fordo, la cible ultime pour Israël
Depuis vendredi, Israël cible les installations nucléaires et militaires de l’Iran dans le but de freiner le programme nucléaire iranien. Pour y arriver, toutefois, il devra fort probablement s'attaquer à l’usine d’enrichissement de Fordo, un site souterrain difficilement accessible, et cette opération nécessiterait l’aide militaire des États-Unis. Selon David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques à Paris en entrevue à Tout un matin, il y a deux possibilités envisagées en ce moment par Israël : faire tomber le régime de l'ayatollah Ali Khamenei ou s’attaquer au site nucléaire de Fordo. Pour l’instant, Israël a lancé des frappes sur des infrastructures nucléaires, dont le site de Natanz, mais le programme nucléaire iranien n’a pas été éliminé pour autant. La défense israélienne a affirmé qu'elle est sur le point de détruire 10 cibles nucléaires supplémentaires à Téhéran et qu’une attaque sur l’usine d'enrichissement de l'uranium de Fordo est envisagée. Depuis des années, les sites de Fordo et de Natanz sont étroitement surveillés par l'Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais celui de Fordo préoccupe le plus les observateurs et les experts internationaux. Dans le cadre de l'accord sur le nucléaire de 2015, les États-Unis insistaient pour que l'Iran ferme le site Fordo, tandis que le guide suprême de l'Iran s’y opposait férocement. L'Iran a accepté d'arrêter d'enrichir de l'uranium à Fordo et d'en faire plutôt un centre nucléaire, physique et technologique, en échange de la levée des sanctions économiques. L'accord exigeait que l'Iran maintienne son taux d'enrichissement de l'uranium à un seuil maximum de 3,67 %, qu'il réduise considérablement ses stocks d'uranium et qu'il arrête progressivement ses centrifugeuses, entre autres mesures. Mais en 2018, le président américain Donald Trump a retiré unilatéralement les États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien. Depuis l'échec de l'accord, l'Iran y a repris l'enrichissement. Photo satellite de la société Maxar Technologies, prise le 11 décembre 2020, qui montre les installations nucléaires iraniennes de Fordo. Photo : Associated Press Au début de 2023 (nouvelle fenêtre), l'AIEA a dit avoir trouvé à Fordo des particules d'uranium enrichies à près de 84 %, ce qui est très proche du seuil de 90 % nécessaire à la fabrication d'une arme nucléaire. À la fin mai, l'agence rapportait une nette hausse de l’uranium enrichi à 60 %. La quantité totale d’uranium enrichi de l’Iran dépassait désormais de 45 fois la limite autorisée par l'accord conclu en 2015, s'élevant à 9247,6 kg. La semaine dernière, l’AIEA a adopté, pour la première fois en 20 ans, une résolution condamnant l’Iran pour Pour l’instant, les installations de Fordo, situées à une centaine de kilomètres au sud de Téhéran, n’ont pas subi de dommages importants. Construit à plus de 60 mètres sous les montagnes de la province de Qom, ce site est entouré de canons antiaériens et de fortifications. Le site de Fordo a été construit dans les montagnes. Photo : AP / Planet Labs PBC Seules des bombes américaines anti-bunker seraient capables de l'endommager sérieusement. Mais il n’y a que les États-Unis qui possèdent ce type d’arme : la bombe GBU-57A/B, également appelée MOP (pour Cette bombe de 13,6 tonnes serait capable de percer jusqu'à 61 mètres de roche ou de béton avant d'exploser. Plusieurs bombes peuvent être larguées l'une après l'autre, ce qui permettrait de forer de plus en plus profondément à chaque explosion et d’atteindre les tunnels et bunkers. Une bombe GBU-57A/B de l'armée américaine lors d'une démonstration en mai 2023. Photo : La Presse canadienne / U.S. Air Force via AP Le B-2 a une autonomie de plus de 11 000 kilomètres sans ravitaillement, et jusqu'à 18 500 kilomètres avec un ravitaillement en vol, et peut atteindre n'importe quelle cible dans le monde en quelques heures, selon le constructeur. En octobre dernier, le bombardier furtif B-2 Spirit a été utilisé par les États-Unis pour frapper des installations de munitions souterraines des rebelles houthis, au Yémen. Toutefois, utiliser le GBU-57 ne serait peut-être pas suffisant, dit David Rigoulet-Roze. C’est sans compter que selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, l’usage de la GBU-57A/B pourrait libérer des matières nucléaires dans la région. Les États-Unis accepteront-ils de bombarder le site de Fordo pour venir en aide à Israël? Lundi, lors de la réunion du G7 au Canada, lorsqu'il a été interrogé à propos d’une future action militaire des États-Unis en Iran, le président Donald Trump a répondu : Mardi, M. Trump a semblé suggérer la possibilité d’une implication directe des États-Unis dans le conflit entre Israël et l’Iran, évoquant notamment la possibilité de D’ailleurs, souligne M. Rigoulet-Roze, la seule façon de s’attaquer au programme nucléaire serait de forcer un changement de régime en Iran. L’idée est que le projet nucléaire est intimement lié au régime iranien et que si le régime tombe, ce serait la fin des investissements dans ce programme nucléaire. Il estime que l’offensive militaire d’Israël ne fera que retarder le programme nucléaire de l’Iran, qui a désormais un La dégradation des infrastructures – c’est ce qui est en cours – ça peut retarder considérablement [le développement du programme nucléaire]
, dit M. Rigoulet-Roze.Toute cette opération ne pourra être considérée comme achevée qu'avec l'élimination de Fordo
, a déclaré Yechiel Leiter, ambassadeur d'Israël aux États-Unis, sur Fox News.Pourquoi cibler Fordo?

non-respect
de ses obligations nucléaires.Un site difficilement attaquable

Massive Ordnance Penetrator
ou pénétrateur d'artillerie massive).La bombe GBU-57, c’est une bombe géante. Il n’y a que les Américains qui en disposent, aucun autre pays [ne l'a]. Ça prend un B2 américain pour lancer ça, parce que c’est tellement lourd. Les Américains disposent de la munition et aussi des vecteurs, comme le bombardier B2 Spirit
, précise M. Rigoulet-Roze.
Il y a un point d’interrogation, parce que certaines parties de l’infrastructure de Fordo vont au-delà de 60 mètres, jusqu’à 80 mètres. Et même Raphaël Grossi, le chef de l’AIEA, évoquait certaines installations qui descendaient jusqu’à 800 mètres.
C’est une bombe effectivement qui est susceptible de faire de vrais dégâts. [...] On voit bien que ça n’est pas la solution miracle, même si c’est une arme qui est susceptible de faire de gros dégâts
, ajoute David Rigoulet-Roze.Je ne veux pas en parler.
tuer
le guide suprême de la révolution iranienne.acquis nucléaire
, soit la maîtrise scientifique et technologique nécessaire pour poursuivre ses ambitions nucléaires.
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