Sans relève, une communauté religieuse vouée à disparaître
Dans une bâtisse entourée d’arbres, non loin de la rue principale à Nicolet, des Soeurs de l’Assomption de la Sainte Vierge vivent leur retraite, après s’être dévouées à l’éducation. Elles sont conscientes que leur communauté s’éteindra après leur départ, mais espèrent laisser un héritage pérenne. Une vingtaine de sœurs sont encore assez en forme pour vivre ensemble dans la maison Sainte-Thérèse. L’aînée a 96 ans et à 84 printemps, soeur Pierrette Leclerc est la benjamine. Auparavant, c'est aux adolescents que sœur Pierrette consacrait son temps. La mission première des soeurs de cette congrégation, c'est d'abord l'éducation. Titulaire de trois baccalauréats, d'autant de maîtrises et d'une licence en droit, elle a enseigné la littérature au secondaire avant de devenir directrice d'école à Drummondville. Elle a adoré son parcours professionnel. Elle s'impliquait aussi beaucoup dans la communauté. À preuve, elle a reçu le titre d'Officière de l'Ordre de Drummondville, en 2023, soit la plus haute distinction remise par la Ville à des citoyens. Elle vient aussi tout juste d’être récipiendaire de la Médaille du couronnement du roi Charles III. Soeur Pierrette, tout sourire, se remémorant ses souvenirs Photo : Radio-Canada Loin de courir après de nouveaux titres, soeur Pierrette se dévoue maintenant entièrement à la coordination et l'animation auprès des sœurs. Elle confie que la maison Sainte-Thérèse sera sa dernière demeure. Une cinquantaine, en perte d'autonomie, ont déjà dû quitter la maison pour le Pavillon Sainte-Marie, où des soins leur sont offerts jour et nuit. Elle se fait à l'idée qu'elle ira rejoindre les autres au Pavillon. Ce qu'elle sait, c'est qu'elles ne rajeunissent pas et que la relève est absente. Elles en sont toutes conscientes. Soeur Monique Laliberté, la responsable de leur bibliothèque, a un pincement au coeur devant ce fait. Même lucidité pour soeur Marielle Baril. La maison Sainte-Thérèse a été construite en 1957. Photo : Radio-Canada / Martin Chabot C’est donc leur dernière maison, avant d’aller retrouver les autres sœurs, au Pavillon Sainte-Marie. Il s’agit, en quelque sorte, d’une résidence pour aînés en perte d’autonomie, mais c’est une propriété des Sœurs de l'Assomption. Une vraie bénédiction reconnaît soeur Marielle comparativement à d’autres aînés au Québec dans la même situation. Une vingtaine de soeurs habitent à la maison Sainte-Thérèse. Photo : Radio-Canada Les sœurs discutaient justement de leur visite plus tôt cette semaine au Pavillon Sainte-Marie. Au bilan de sa vie, sœur Monique raconte qu’elle a eu l’appel de devenir sœur à un très jeune âge, à sept ans. Elle a été enseignée en Abitibi, à Edmonton, en Alberta, mais ce qu’elle a préféré, c’est son passage dans les communautés atikamekw où elle œuvrait en pastorale. Soeur Monique Laliberté, titulaire d'un certificat en bibliothéconomie, est responsable de la bibliothèque. Photo : Radio-Canada / Martin Chabot Elle aimait raconter une histoire à partir de la bible illustrée et demander l’aide d’un plus jeune pour traduire en Atikamekw. Elle devait limiter les histoires lues à une par jour, parce que les enfants aimaient tellement jouer au traducteur que sinon, ils revenaient plusieurs fois par jour. Par contre, elles ne comptaient pas les bénédictions données. Elle en garde le souvenir de gens de coeur, d’une communauté attachante. À 85 ans, elle aime la vie qu’elle a choisie. Même sérénité pour sœur Pierrette quant au chemin qu’elle a choisi. Car elle était fiancée au moment de prononcer ses vœux perpétuels. Elle me raconte être restée en contact avec son ancien soupirant, l’ayant présenté à une amie à elle, avec qui il a finalement uni sa destinée. La chapelle du Centre de prières Photo : Radio-Canada La maison Sainte-Thérèse, située à l'orée des bois, est un endroit apaisant. C'est le milieu de vie de sœurs, mais aussi un Centre de prières, qui accueille quiconque ayant besoin de se ressourcer dans le silence. Soeur Marielle, directrice du Centre de prières, constate qu’il est toujours fréquenté. Soeur Marielle Baril, directrice du Centre de prières Photo : Radio-Canada / Martin Chabot Le Centre de prières a été ouvert dans les années 1970, à l’époque pour les sœurs qui enseignaient et qui, fatiguées, ressentaient le besoin pour un lieu calme, un lieu de silence. L’ouverture au public occupe les sœurs et ça tombe à point alors qu’elles ne trouvent plus leur place dans le système d'éducation actuel. Alors qu'elles s'apprêtent à fermer le livre de leur congrégation fondée il y a 172 ans, les sœurs gardent la foi et espèrent que les laïcs poursuivront leur dernier chapitre, celui de l'accueil de tous, au Centre de prières.
On se prépare à partir tranquillement, peut-être en 2027, on ne sait pas.
Bien, c'est une épreuve, hein? Les laïcs se sont beaucoup impliqués depuis qu’il y a une baisse de vocation religieuse et sacerdotale, ça ne me désespère pas.
Comme soeur, on n’a pas de relève, ni au Japon, ni au Brésil, ni en Équateur, en Ontario, non, au Centre-du-Québec, non. On est conscientes que la société québécoise ne se prête pas nécessairement à cultiver les vocations religieuses, comme on les a connues. Il y a des pays où il y a beaucoup de vocations, des continents où il y a beaucoup de vocations religieuses et sacerdotales, c’est pas notre cas ici en Amérique du Nord. Il faut être consciente que la communauté va s’éteindre.

On est, je dirais, privilégiées, parce que lorsqu’on va quitter un jour la maison Sainte-Thérèse, nous, on s’en va au pavillon Sainte-Marie. C’est une infirmerie, tandis que beaucoup de laïcs cherchent où aller et parfois à des prix inabordables. C’est de toute beauté et on a des équipes formidables sur place
, affirme-t-elle.
On est bien chanceuses d'avoir une maison pour nous accueillir, une belle maison! L’avantage, c’est qu’on est chez nous.
, renchérit soeur Suzanne. Des vies uniques

Jésus te bénit. Jésus aime toute ta famille. Je leur disais quelque chose qui fait du bien. Et ça, je ne mettais pas de limite, ils pouvaient venir autant de fois qu’ils voulaient.
J’aime beaucoup ma congrégation. J’aime beaucoup l’Église. Et j’aime beaucoup le Bon Dieu. Bien, je suis heureuse mais, en même temps, on est secouées hein? On sait qu’on va transférer à un moment à Sainte-Marie. Ça me prend un peu au coeur, dire : j’élague des affaires en préparation de ma mort. C’est des étapes.
Ils ont deux beaux enfants, on se voit. Moi j’ai jamais redouté, c’était ma certitude, c’est demeuré ma certitude. Souvent je vais prendre un petit dîner, puis on se jase.
Un dernier souhait : la pérennité du Centre de prières

On est surprises des fois. Ça vient de partout, des fois pour 48 heures, une semaine, une fin de semaine. On sent que c'est un besoin plus que jamais, la vie est mouvementée, la vie est rapide.

Nous autres, notre mission comme sœur de l'Assomption, c'était très cadré, c'était les écoles. Présentement, dans les écoles, c'est pris en main par le gouvernement, donc c'est normal que notre mission se termine
, analyse sœur Pierrette Leclerc.
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