La pandémie et la normalisation de la mésinformation en science
Timothy Caulfield ne mâche pas ses mots : la pandémie de COVID-19 a normalisé la désinformation en science. Entrevue avec ce professeur de l'Université de l'Alberta qui étudie la désinformation en matière de santé et qui est l'auteur du livre The Certainty Illusion : What You Don't Know and Why It Matters. L’ampleur qu’a prise la désinformation en matière de santé est effrayante. La fausse information propagée pendant la pandémie a suscité énormément de méfiance à l'égard des institutions, des experts et des professionnels de la santé. Comme chercheur qui étudie la question depuis des décennies, je peux dire que le problème a été amplifié de façon considérable. C'est vraiment une période horrifiante. J’ai l'impression de basculer dans l’âge des ténèbres. L'hésitation vaccinale a augmenté au Canada, et pas juste pour celui contre la COVID-19. Nous voyons que la mésinformation est au coeur de l'hésitation vaccinale. Une récente étude montre que la raison la plus souvent citée par ceux qui hésitent à faire vacciner leur enfant est le risque d'autisme. Mais c’est une fausseté – les vaccins ne causent pas l’autisme. Ce n’est même pas un débat dans la communauté scientifique. Une étude de l’Association médicale canadienne montre que 26 % des Canadiens croient que l’autisme est causé par la vaccination et que 28 % y croient en partie. C’est absolument stupéfiant. On voit que les gens qui sont contre les vaccins ont changé de cap. La recherche montre qu’ils ont un ensemble de croyances : ils sont antivaccins, pro-diète de carnivores, prosuppléments, pro-médecine alternative… Je suis fasciné de voir le virage de l’industrie du bien-être, qui ciblait davantage les femmes auparavant, vers les hommes. On parle de plus en plus de la manosphère, dans laquelle les hommes doivent être encore plus virils et masculins. Il y a de plus en plus de mésinformation à propos des suppléments alimentaires. L'industrie de ces suppléments est en pleine explosion. Elle représente plusieurs milliards de dollars, mais elle est mal réglementée et repose en grande partie sur la désinformation. En fait, d’autres experts estiment que cette industrie permet de financer les campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. On voit aussi la montée de l’industrie des produits pour accroître la longévité et l’augmentation de la désinformation entourant l’usage de suppléments pour traiter les cancers. Oui. J’ai l’impression d’être dans un étrange moment de révisionnisme. Ce qui est faux est considéré comme vrai. Et ça domine le discours de certaines personnes qui utilisent de fausses affirmations comme si elles étaient vraies, comme si c'était un truisme. Tim Caulfield, professeur à l'Université de l'Alberta, dit avoir l'impression d'être dans un moment de «révisionnisme». Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos Oui, tout à fait. Au début de ma carrière, la mésinformation provenait principalement de personnes à la gauche du spectre politique. Ces personnes propageaient des idées à propos de la médecine alternative. Aujourd’hui, cette mésinformation médicale vient presque entièrement des gens de la droite. La désinformation en matière de santé fait maintenant partie de plateformes politiques. La réduction de la confiance [envers les scientifiques] est presque totalement liée à l'identité politique. La corrélation est absolument stupéfiante. On voit les effets partout. Aux États-Unis, où certains États ont proposé de bannir la technologie [des vaccins] à ARN. Et même en Alberta, avec un rapport antivaccin commandé par le gouvernement. Pourtant, une décision politique qui s'appuie sur la science n'est pas une décision scientifique. C'est une décision politique. Nous devons faire attention à différencier les deux. Le dénigrement des experts est une stratégie très courante et très efficace. On dénigre l'élite et ses institutions en affirmant qu'ils empêchent tout progrès. Quand un expert parle du consensus scientifique, il est immédiatement attaqué en utilisant des mensonges. J’ai moi-même été la cible de ce type de stratégie. Elle est aussi utilisée par le président des États-Unis, Donald Trump. Ces attaques font partie d'une stratégie plus large qui sème le doute sur la science, la santé et ses institutions. En faisant cela, on laisse de la place aux discours et aux messages [de ceux qui s’opposent au consensus scientifique]. Cela survient au moment où on n'a jamais autant eu besoin des scientifiques pour nous aider à passer à travers tout le bruit [de la mésinformation]. La littérature scientifique est de plus en plus polluée par de mauvaises revues, par des études médiocres, par de fausses revues de la littérature ou des revues scientifiques qui ont l'air réelles, mais qui ne le sont pas. Cela devient très difficile pour le public de savoir ce qui est vrai. Par exemple, il y a eu récemment la prépublication d’une étude de l’Université Yale sur des effets secondaires rares causés par le vaccin contre la COVID-19. L’étude n’avait pas encore été publiée; elle comprenait un très petit nombre de participants. Malgré cela, cette prépublication a suscité énormément de réactions de la part des antivaccins. Le public doit se rappeler qu’une seule étude ne suffit pas pour démontrer quelque chose. Cette étude a-t-elle été révisée par des pairs? Comment se positionne-t-elle par rapport à l'ensemble des données probantes? On entend souvent qu'on réduit au silence les personnes opposées au consensus scientifique; que leurs points de vue sont censurés; et que leur liberté d'expression est bafouée. On propage l’idée que des C’est absolument faux. Au contraire, leurs idées sont en fait devenues le discours public dominant. Par exemple, en ce moment, les réflexions d'un animateur de balado peuvent facilement devenir l'opinion dominante sur un sujet scientifique ou médical. Ces personnes accusent souvent les scientifiques de changer d’idée, de toujours faire volte-face. C’est très frustrant. Changer d'avis sur la base de nouvelles données probantes devrait être considéré comme une marque d'honneur, et non comme une volte-face. Cela montre que le scientifique observe le processus scientifique. La science, ce n'est pas un continuum. La science n'est pas juste une liste de faits. La science n'est pas qu'une institution. La science n'est pas qu'une personne. La science est un processus. Et oui, parfois la science change. Je pense que nous devons mieux enseigner cela aux gens.La désinformation médicale n'est pas nouvelle. De quelle façon a-t-elle changé depuis les cinq dernières années?
Quelles sont les répercussions de cette désinformation médicale?
Il n’y a pas que les vaccins qui font les frais de la désinformation médicale. Quel type de mésinformation voit-on surgir?
Est-ce que ça vous inquiète?

Peut-on associer la désinformation médicale à des mouvements politiques?
De quelle façon a-t-on suscité autant de méfiance envers la science?
La pandémie a accentué la collaboration entre chercheurs du monde entier. De plus, le public a de plus en plus accès aux papiers scientifiques. Est-ce que cela aide les gens à mieux comprendre?
Des personnes affirment qu’on censure certaines idées et hypothèses et qu’on n’écoute pas les voix contestataires. Est-ce le cas?
méchants
s’en prennent à elles et qu’elles sont les victimes.Pendant la pandémie, nos connaissances sur la COVID-19 ont évolué et changé. Que répondez-vous aux personnes qui perçoivent cela comme un désaveu de la science?
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