L’hommage du MBAM à la galeriste oubliée Berthe Weill, première à vendre des Picasso
Première galeriste à avoir cru en Picasso à Paris au début du 20e siècle, la visionnaire marchande d’art Berthe Weill est pourtant tombée dans l’oubli, victime notamment de sexisme et d’antisémitisme. Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a choisi de lui rendre justice avec une grande exposition estivale, qui présente notamment des toiles de Pablo Picasso, Henri Matisse, Amedeo Modigliani ou encore Diego Rivera et Marc Chagall. Dévoilée à l’automne dernier au Grey Art Museum de l'Université de New York, l’exposition Berthe Weill, galeriste de l'avant-garde parisienne s’arrête pour l’été à Montréal, en exclusivité canadienne, avant de partir à la rencontre du public du Musée de l’Orangerie, à Paris, en octobre. Elle réunit des archives ainsi que 110 œuvres, dont certaines prêtées par le Guggenheim ou le Musée d’art moderne de Paris. Marc Vaux (1895-1971), « Vue de
l’exposition de Georges Kars à la
Galerie B. Weill », 1928. Collection
Nadine Nieszawer Photo : MBAM Une salle entière de l’exposition est consacrée à Picasso, que Berthe Weill a connu en 1900 alors qu’il n’avait même pas 20 ans. Elle a été la première à vendre ses tableaux à Paris. Les visiteurs pourront entre autres admirer Le Moulin de la Galette ou encore L’hétaïre, respectivement peints par l’artiste espagnol en 1900 et 1901. Avant-gardiste, Berthe Weill a très tôt proposé des œuvres des peintres fauves dans sa galerie. L’exposition comprend donc aussi des toiles de Matisse, Derain, Dufy, de Vlaminck... Des œuvres de Modigliani sont également à découvrir au MBAM, car Berthe Weill a organisé, en 1917, la seule exposition individuelle de cet artiste italien de son vivant. Donnant notamment à voir des nus, cette exposition a fait scandale à l’époque et Berthe Weill s’est vue obligée de retirer les œuvres de ses murs. Pendant ses 40 ans de carrière de galeriste, Berthe Weill s’est souciée de défendre des femmes artistes, comme les Françaises Suzanne Valadon, Hermine David ou encore Émilie Charmy, dont le MBAM vient d’acquérir deux toiles du tout début du siècle dernier : Portrait de Berthe Weill et Nature morte aux grenades. Ces tableaux ainsi que d’autres œuvres peintes par des artistes féminines figurent naturellement dans l’exposition. Émilie Charmy (1878-1974), « Portrait de Berthe Weill », 1910-1914. Photo : MBAM / Julie Ciot Anne Grace a tout de suite dit oui quand le Grey Art Museum l’a contactée pour lui faire part de son projet de consacrer une exposition à Berthe Weill. Si Berthe Weill a joué un rôle clé dans la diffusion de l’art moderne pendant la première moitié du 20e siècle à Paris, qui était alors la capitale de l’art, son apport à l’histoire de l’art reste sous-estimé. Berthe Weill avait 36 ans quand elle a ouvert sa galerie parisienne, non loin de Pigalle, après avoir longtemps travaillé dans une boutique d’antiquités. Être une femme d’origine modeste à une époque où le monde de l’art était dominé par les hommes n’a pas joué en sa faveur. De plus, sa religion juive a fait d’elle une cible lors de l’occupation nazie. D’ailleurs, elle a dû fermer sa galerie en 1941. Son audace et son caractère visionnaire sont aujourd’hui davantage reconnus. Signe de son engagement envers les jeunes artistes dont elle faisait la promotion, elle a persévéré après n’avoir rien vendu quand elle a exposé des tableaux de Picasso en avril 1902. Berthe Weill tenait également à reverser une très grande partie des ventes des œuvres aux artistes afin qu’ils puissent continuer à créer. Pour Berthe Weill, l'important n'était pas de faire des gains financiers ou d’établir sa propre notoriété, mais de soutenir les artistes au moment critique du début de leur carrière. Ce dévouement désintéressé s'est fait au détriment de sa sécurité financière. Se retrouvant dans une grande précarité financière à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, un encan-bénéfice a été organisé pour elle en décembre 1946. Picasso, Chagall, Dufy et d’autres peintes ont offert des œuvres pour cet encan. L’équivalent de 180 000 $ d’aujourd’hui a été recueilli, permettant ainsi à l’ancienne marchande d’art de subvenir à ses besoins jusqu’à sa mort en 1951. Pablo Picasso (1881-1973), « Le Moulin de la Galette », 1900. Photo : Succession Picasso / CARCC Ottawa 2025 Organisée par le MBAM, le Grey Art Museum et le Musée de l’Orangerie, l’exposition Berthe Weill, galeriste de l'avant-garde parisienne est présentée au MBAM jusqu’au 7 septembre. En parallèle, le musée proposera, le 4 juin, Weill, marchande des avant-gardes?, une conférence de l’historienne de l’art Béatrice Joyeux-Prunel. Le 9 mai dernier, le Musée a tenu une soirée de projection de courts métrages de l’avant-garde parisienne, tournés dans les années 1920. Autre événement : le concert Paris, 1900 avec des musiciens de l’Orchestre Métropolitain le 21 mai, à la Salle Bourgie du MBAM. Des œuvres de Debussy, de Poulenc et de Saint-Saëns seront jouées lors de cette soirée.
De Picasso à Modigliani en passant par des femmes artistes
Dans un tiers des expositions à la galerie de Berthe Weill, il y avait des femmes, explique Anne Grace, conservatrice de l’art moderne au MBAM. Elle était consciente du fait que l'histoire de l'art excluait des femmes importantes qui auraient dû avoir une plus grande notoriété.

Déterminée et visionnaire
Cela nous permettait de montrer à la fois des figures très connues de l'histoire de l’art moderne, mais aussi de faire découvrir aux visiteurs des artistes moins connus qui étaient, comme Berthe Weill, oubliés.
Elle a continué à exposer Picasso et ses contemporains, car elle croyait dans le talent de ces artistes
, souligne Anne Grace.
Conférence, cinéma et musique
Advertising by Adpathway









