Le Canada lance sa première expédition de recherche en Antarctique
L'Antarctique, un continent de glace au bout du monde, est touché par les bouleversements climatiques et les enjeux géopolitiques actuels. C'est dans ce contexte qu'une équipe de 15 chercheurs canadiens s'est embarquée pour une mission sans précédent, appuyée par la Marine royale canadienne. En 1959, 12 pays ont signé le traité sur l’Antarctique, qui interdit les activités militaires afin de préserver le continent pour la science. Depuis, un nombre élevé d’autres nations y ont adhéré, ce qui porte le nombre de signataires à 58. La recherche est la seule activité autorisée, et les pays qui veulent y affirmer leur présence le font par le biais d’expéditions et de stations de recherche. Jusqu'à présent, le Canada collaborait avec différents pays, sans lancer de mission scientifique propre, mais cette année, les choses ont changé. Le 22 février, une équipe entièrement canadienne de 15 scientifiques a quitté l’Amérique du Sud à bord du NCSM Margaret Brooke, un navire de la Marine royale canadienne, pour une mission d’un mois au pôle Sud. Le NCSM Margaret Brooke, Navire de la Marine royale canadienne, effectuant une mission de recherche en Antartique. Photo : Ressources naturelles Canada Cette expédition inédite survient alors que la fonte des glaciers s’accélère (nouvelle fenêtre), ce qui rend la recherche sur ce territoire presque entièrement recouvert de glace, plus essentielle que jamais. Ces recherches visent à mieux comprendre l’impact des changements climatiques. En février 2023, l'observatoire du changement climatique Copernicus (C3S) de l'Union européenne a enregistré un record de fonte. La glace de mer, qui fond en été et se reconstitue en hiver, avait atteint son étendue la plus faible depuis 45 ans, soit 34 % de moins que la moyenne. En février de cette année, la glace de mer a atteint 26 % de moins que la moyenne. La calotte glaciaire, un type de glacier qui recouvre le continent, est une immense réserve d’eau douce. Elle s’amincit également, selon Tom James. Des manchots sur le rivage de l'île King George, près de la station de recherche brésilienne Comandante Ferraz, en Antarctique. Photo : Radio-Canada / Jill English L’Antarctique joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial et contribue à ralentir le réchauffement de la planète. L’augmentation du niveau de la mer augmente également la fréquence et l'ampleur des inondations, (nouvelle fenêtre) ainsi que l'érosion côtière, une préoccupation pour de nombreuses communautés canadiennes côtières. À partir de la poupe du bateau, le chercheur Alexandre Normandeau récolte des sédiments dans de longs tubes, prélevés dans le plancher océanique. Ce qui ressemble à de la boue est en fait une mine d’informations. Alexandre Normandeau prélève des sédiments dans les fonds marins de l'Antarctique. Photo : Radio-Canada / Jill English Ces échantillons seront les premiers à demeurer au Canada pour la recherche. Ces recherches permettent également de renforcer le leadership canadien dans la région. Les glaciers qui recouvrent l'Antarctique sont une immense réserve d’eau douce. Photo : Radio-Canada / Jill English Le paysage de l'Antarctique change rapidement, et cela aura un effet important sur le reste du monde, mais son système de gouvernance de ce continent est aussi sous pression. Depuis la montée des tensions géopolitiques et l'évolution de l'ordre mondial, les relations entre les pays signataires sont tendues. Les États-Unis disposent des plus grandes installations de recherche. Le Royaume-Uni, l'Australie, l'Allemagne et le Japon disposent également de solides programmes antarctiques. Photo : Radio-Canada / Jill English Le commandant de la Marine royale canadienne, Angus Topshee s’inquiète de l’avenir du traité, symbole de coopération internationale. L’équipe de scientifiques sera de retour le 21 mars, rapportant d’importants prélèvements qui seront analysés au Canada et permettront d’améliorer notre compréhension du climat futur. Avec des informations de Susan Ormiston et Jill EnglishPersonne ne possède l’Antarctique
Une première pour la recherche canadienne

L'équipe canadienne a formé son propre programme de recherche, avec son propre navire pour pouvoir étudier l’Antarctique. Donc, on peut faire de meilleurs liens avec l'Arctique canadien
, explique Alexandre Normandeau, chercheur scientifique à Ressources naturelles Canada.En raison de l'effet d'amplification polaire, le réchauffement est plus rapide que la moyenne mondiale. Et comme les environnements froids sont des environnements sensibles, nous observons ces changements de manière spectaculaire
, soutient Tom James, scientifique à la Commission géologique du Canada et chef de l’expédition canadienne en Antarctique.Jusqu'à récemment, la banquise antarctique semblait quelque peu à l'abri de ce phénomène. Mais, au cours des dernières années, la glace de mer de l'Antarctique a diminué
, explique Tom James.Des records de fonte
À mesure qu'elle vêle à un rythme plus rapide, elle va influer sur le changement du niveau de la mer à l'échelle mondiale
, affirme le chercheur.
Des sédiments témoins du passé
Ces différentes couches-là nous donnent des indications sur le climat du passé
, dit-il en montrant les différentes teintes de gris. Le scientifique espère mieux prédire ce qui va se passer dans le futur avec les changements climatiques anthropiques
.
C'est rare, c'est parce qu'on n'a pas de mission scientifique canadienne qui vient en Antarctique. Généralement, on va sur des navires étrangers, que ce soit les Allemands, les Anglais, etc. Donc, souvent, ces échantillons-là retournent dans leur pays respectif
, dit-il.Leadership canadien
Ça nous permet de montrer à l’échelle mondiale que l’on peut être un leader en recherche antarctique et en recherche arctique
, dit Alexandre Normandeau.
Avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, il existait une certaine coopération entre les États clés
, explique Evan Bloom, ancien secrétaire d'État adjoint américain chargé de l'Arctique et de l'Antarctique. Il y a moins de coopération aujourd'hui dans les deux pôles [Nord et Sud].

Je crains que l'accord, selon lequel nous ne militariserons pas l'Antarctique et n'exploitons pas les ressources, ne change
, dit-il à bord du navire.
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