D’Empathie à l’hôpital Philippe-Pinel, les vrais visages derrière la série
Les Québécois ont pu s’attacher dans les dernières semaines aux personnages de la série Empathie écrite par la comédienne Florence Longpré. Cette fiction n’est pas très loin de la réalité. L’hôpital psychiatrique à sécurité maximale où l’histoire se déroule a beaucoup de similitudes avec l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel. David n’est pas un personnage de la série. Il existe vraiment et souffre d’un trouble schizo-affectif. Il est prisonnier de son délire qui le pousse, lorsqu’il a des hallucinations, à frapper des gens ou à toucher leurs parties génitales. Il croit obéir à une mission de Dieu. Le Dr Gilles Chamberland le rencontre toutes les semaines à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel à Montréal. David n’est pas son vrai nom. Nous gardons son identité confidentielle pour ne pas lui porter préjudice. L’homme dans la quarantaine est soigné à l’Institut depuis deux ans et demi. Il y reste de son plein gré. Malgré ses pensées délirantes, il n’a pas perdu sa mémoire ni ses capacités cognitives, précise son médecin, qui le suit depuis quelques années. Le Dr Gilles Chamberland travaille comme psychiatre légiste à Philippe-Pinel depuis 1995. Photo : Radio-Canada / Jacques Racine Par le passé, il a été déclaré non criminellement responsable de divers crimes, dont voie de fait. La Commission des troubles mentaux lui a accordé une liberté inconditionnelle en août 2022, mais quelques mois plus tard, il a été réhospitalisé à Pinel car il redevenait trop agressif. Depuis son retour à Philippe-Pinel, David collabore à tous les traitements qu’on lui propose. Autant pour la médication que pour les électrochocs. Mais plus rien n’arrive désormais à arrêter ses symptômes. Ses hallucinations, ou les lumières comme il dit voir, reviennent tous les jours. Le reportage de Charlotte Dumoulin. Pendant ce temps, David passe ses journées dans sa chambre et ses sorties sont balisées. Lorsqu’il sort, il est menotté pour ne pas blesser quelqu’un advenant qu’il ait des symptômes trop intenses. Le sociothérapeute Sylvain Lebeau travaille aussi dans l’unité où se trouvent David et une quinzaine d’autres patients. Cet intervenant est un employé de Pinel depuis 37 ans. Sylvain Lebeau est sociothérapeute à l'Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel depuis 37 ans. Photo : Radio-Canada / Jacques Racine La série Empathie, sortie au mois d’avril, l’a beaucoup touché. Il dit reconnaître ses patients à travers les différents personnages. Sylvain Lebeau espère que cette fiction contribuera à briser des tabous. Si on arrive à briser ce tabou-là, peut-être qu’il y aurait moins d’actes criminels. Le Dr Chamberland est aussi content que cette réalité soit adaptée au petit écran. Il fait d’ailleurs partie des médecins qui ont conseillé Florence Longpré pour que les épisodes soient le plus réalistes possible. L'actrice Florence Longpré tient le rôle principale de la série Empathie Photo : Bell Média La comédienne et scénariste incarne d’ailleurs dans la série une psychiatre légiste comme lui dans un hôpital fictif à sécurité maximale de Montréal. Philippe-Pinel compte en ce moment 241 patients. Des femmes, des hommes et des adolescents avec différents niveaux de dangerosité et autant d’histoires complexes. Parmi eux, 60 % sont en détention sous le mandat de la Commission d’examen des troubles mentaux et 4 % y restent volontairement. En date du 14 mai 2025, l'Institut Philippe-Pinel comptait 241 personnes hospitalisées. Photo : Radio-Canada / Jacques Racine Pierre Ny St Amand qui a tué deux enfants en fonçant avec un autobus sur une garderie de Laval en 2023 fait partie de ceux qui sont détenus à Pinel et qui y reçoivent des soins. Emmanuel Gendron-Tardif, un schizophrène qui a tué sa mère il y a deux ans, en est un autre exemple. Ils ont tous les deux récemment été déclarés non criminellement responsable. Mais les gens dans cet Institut, selon le Dr Chamberland, n’ont pas tous commis des crimes aussi graves, évoquant des méfaits, comme le bris d'une vitre, ou encore des menaces. Patrice Roy discute avec la psychiatre Marie-Michèle Boulanger, qui a agi comme consultante pour la série. Malheureusement, ce ne sont pas tous les patients qui peuvent être guéris. Jusqu’aux dernières nouvelles, David en est la preuve. Pour le moment, il accepte de rester à Pinel parce qu’il se sent en sécurité et il sait qu’il ne risque pas de blesser quelqu’un. Comme ceux qui vivent dans son unité, David ne sait pas à quel moment son séjour à Pinel prendra fin. Tout dépendra de sa capacité à retrouver un état mental qui ne représente plus un danger pour la société.Ça cause un problème si vous allez toucher les gens au niveau des organes génitaux, c’est une agression sexuelle à chaque fois
, lui explique le médecin d’un ton très calme.Oui faut que ça finisse
, répond tout de suite David en riant, signe, selon son médecin, qu'il comprend l’absurdité de son geste.
C'est malheureux, si la commission d’examen ne l’avait pas libéré, il n’aurait pas arrêté sa médication et puis depuis ce temps-là qu’on essaie de le traiter et qu’on ne réussit pas
, explique le médecin.C’est un exemple malheureux qu’on a beau donner ce qu’on veut, on n'est pas capable de le traiter
, dit le Dr Chamberland qui reste malgré tout optimiste.
Ça le rassure, parce que comme ça il ne fait mal à personne, et ça nous rassure aussi
, mentionne le Dr Chamberland.Empathie et espoir

J’ai eu plusieurs patients qui sont partis de loin et qu’on arrive à sortir. On en a encore bientôt qui vont partir d’ici. On est content, on n'y croit pas au début, mais avec la médication et tout ce qu’on fait pour eux, je pense qu’on réussit à faire de quoi de bien
, lâche-t-il.
C’est des patients qui ne sont pas toujours faciles à aimer dès le départ. Le premier contact qu’on a, c’est qu’ils peuvent être agressifs avec nous. Les employés peuvent se faire cracher dessus, mordre, mais ils finissent par être attachants
, partage le médecin. Il se dit touché par leur souffrance.Différents niveaux de dangerosité

Et le fait d’être trouvé non responsable nous permet de les amener à l’hôpital et nous permet de les traiter jusqu’à tant qu’ils ne soient plus dangereux
, explique-t-il.
Je suis à mon mieux ici, puis c’est comme un grand lâcher prise pour moi d’avoir fait ça parce que j’ai pas autant peur que quand je vois des lumières à l’extérieur
, confie l’homme à son médecin.
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